marine le pen (2)

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Toutes ces propositions sont tirées du programme officiel de Marine Le Pen, disponible sur le site dédié à sa candidature aux présidentielles 2017.

Quelques éléments contextuels pour appréhender les déclarations de la candidate pour la campagne 2017

Marine Le Pen est en effet l’actrice principale de ce qu’on a nommé la “stratégie de dédiabolisation” du Front National, marquée par un déplacement des principales thématiques au cœur du discours du parti, et par une tonalité globalement plus nuancée, qui rompt dans la forme avec les sorties polémiques de Jean-Marie le Pen.

Cette stratégie ne doit pas masquer ni les fortes dissensions au sein du Front National, ni les mesures défendues par les élu⋅e⋅s FN, dirigé depuis 2011 par Marine Le Pen. Cette précaution est importante pour comprendre le positionnement du FN sur les questions de genre, derrière une présidente et candidate qui affirme défendre les droits des femmes et cite Simone de Beauvoir.

Nous rappelons donc ici de façon non-exhaustive quelques sujets sur lequel le FN a pris position par les discours de ses membres et leurs votes.

historique du FNhistorique du FN (1)

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1. Défendre la famille traditionnelle au détriment des droits des femmes

Bruno Gollnisch écrivait sur son blog en 2011 :

« Quand je faisais mon droit, il n’y avait pas de viol entre époux (ni de vol, d’ailleurs). On en était resté à la sagesse traditionnelle selon laquelle le mariage comportait en principe, comme l’avait déclaré un sociologue, une exclusivité donnée par chaque époux à l’autre sur son corps. Quant à l’épouse dont le mari se montrait brutal ou tout simplement la rebutait, libre à elle d’y mettre fin en demandant la séparation de corps voire le divorce. […] Désormais, l’épouse vindicative détiendra l’arme absolue pour envoyer en prison le mari dont elle veut se venger : « tel jour, il m’a violée ». Epoux volages, pingres, désagréables ou trop entreprenants, prenez garde à vous ! »

2. Les positions anti-IVG de Marine Le Pen et des membres du Front National

Marine Le Pen a dénoncé en 2012 des “abus” dans le cas d’IVG répétées, et a suggéré le déremboursement de l’IVG en cas de “récidive”, en précisant que cette proposition ne fait pas partie de son projet politique en tant que candidate. Ses propos mettent en concurrence des femmes “en vraie détresse matérielle et morale” à celles qui “exagèrent”. Une telle mise en concurrence témoigne d’une méconnaissance de la question, si l’on regarde par exemple des études statistiques sur ce sujet (Bajos et al. 2013) :

« Au-delà de ces spécificités d’âge et de mode de vie, les résultats montrent que le recours multiple à l’IVG concerne davantage, en 1990 comme en 2007, les femmes disposant de moindres ressources économiques et sociales, notamment les femmes n’ayant pas de mutuelles et les femmes nées en Afrique subsaharienne, dont on sait qu’elles connaissent des modes de vie plus précaires. »

Marine Le Pen parle aussi d’une utilisation de l’IVG comme d’un moyen contraceptif, idée contredite par cette même étude. Les propos de Marine Le Pen en 2012 assimilent enfin la réduction embryonnaire au cadre légal de l’IVG en France, alors qu’il s’agit de deux actes médicaux différents.

On se trouve donc face à une stratégie rhétorique récurrente du FN, davantage assumée actuellement par Marion Maréchal-Le Pen : des membres du Front National suggèrent le déremboursement de “certaines” IVG sans proposer cette mesure dans le programme officiel du parti. Les propos de Marion Maréchal-Le Pen sur la contraception et l’IVG font ainsi l’objet d’une rectification timide de la part de la présidente du FN, qui précise que “ce n’est pas dans les projets du Front National” ou “le périmètre de l’accès à l’IVG et son remboursement ne font pas partie de mon programme” sans se prononcer sur le fond.

L’utilisation de l’expression “avortement de confort”, qui s’inscrit dans ce positionnement anti-IVG, a fait l’objet d’une analyse par Anne-Charlotte Husson sur son blog.

3. Le « salaire maternel »

Nous renvoyons sur ce sujet à un court billet du blog UneHeureDePeine qui résume les enjeux et les problèmes de cette proposition.

4. Le discours anti-”théorie du genre”

La dénonciation d’une “théorie du genre” imposée par le gouvernement ou par l’Union Européenne est récurrente chez les députés FN. En 2014, Marine Le Pen dénonce les ABCD de l’égalité, en avançant que c’est aux parents d’éduquer leurs enfants et pas à l’école, car cela relèverait d’une forme de totalitarisme. L’école doit selon elle se contenter de “transmettre le savoir”. Cette position revient de fait à s’opposer à toute initiative de l’Education Nationale pour lutter contre le sexisme, l’homophobie ou la transphobie. Marine Le Pen a également exprimé cette position dans un questionnaire adressé par SOS-homophobie en 2012.

La rhétorique anti-théorie-du-genre s’accompagne d’une opposition à une idéologie de l’“indifférenciation” de la part des élu⋅e⋅s FN, ce qui se traduit très concrètement par une opposition à des mesures favorisant les droits des personnes trans et intersexes. Si le FN ne s’est semble-t-il jamais prononcé officiellement sur la question des droits des trans et intersexes, les contextes dans lesquels l’expression “théorie du genre” se manifeste révèlent une ligne politique opposée à toute mesure facilitant la vie des personnes trans et intersexes et la lutte contre les violences et discriminations dont ils sont victimes.

5. Les députés FN au parlement européen

Ces différentes prises de position se traduisent par le rejet par les député⋅e⋅s FN de plusieurs rapports concernant l’égalité homme/femme et les minorités sexuelles ou de genre au Parlement Européen. Il s’agit en particulier du rapport Lunacek et du rapport Tarabella :

(1) Marine Le Pen dénonce en 2014 la “directive Lunacek” qui “correspond mot pour mot à ce que les socialistes veulent imposer en France”. Marine Le Pen condamne le rapport en bloc, en affirmant que ce sont “toutes” les mesures que le PS n’ose pas assumer lui-même qui sont imposées par l’UE. Elle dénonce spécifiquement la transcription de l’état civil des enfants nés par GPA et PMA.

Notons que, pour la France au moins, il ne peut être question de “transcription de l’état civil” pour les enfants nés par PMA à l’étranger puisque l’accouchement a généralement lieu en France – pour les couples de femmes, c’est le statut de la mère non-biologique qui est en jeu, et qui appelle la question de l’adoption ou de la reconnaissance par la conjointe, la filiation étant établie dans tous les cas entre la mère qui accouche et l’enfant.

En ce qui concerne la GPA, il faut distinguer la question de la transcription de l’état civil des enfants, qui concerne la possibilité pour des enfants qui ont grandi dans un pays d’avoir un état civil susceptible de les protéger et de leur conférer des droits équivalents à leurs concitoyen⋅ne⋅s, du positionnement politique sur la question de la légalisation de la GPA en France. Donner des droits à des enfants qui n’ont pas décidé des conditions de leur naissance n’a rien à voir avec une quelconque marchandisation du corps des femmes.

Puisque Marine Le Pen rejette ce rapport dans son intégralité, regardons plus précisément les recommandations qu’il comporte : il s’agit entre autres de lutter pour les “droits fondamentaux” des LGBTI, en interdisant toute discrimination, et de mesures pour favoriser la pénalisation des comportements discriminatoires, et la prévention de l’homophobie à l’école. On y lit également “les États membres devraient instaurer des procédures de reconnaissance juridique du genre ou réviser celles déjà en place, en vue de respecter pleinement le droit des personnes transgenres à la dignité et à l’intégrité physique”, ce qui correspond à la possibilité pour les personnes trans de changer d’état civil (ce qui n’est pas possible dans tous les pays de l’UE). Le rapport prévoit également de faciliter la circulation des LGBTI au sein de l’UE en favorisant la reconnaissance dans les pays moins avancés sur le plan des droits des minorités sexuelles et de genre des états civils (genre, mariage, …) établis dans d’autres pays.

Le rapport en lui-même reste vague : il recommande aux Etats de se donner les moyens de connaître la problématique, d’avoir des outils pour évaluer les violences et discriminations spécifiques aux LGBTI.

(2) En 2015, les eurodéputé⋅e⋅s FN votent contre le rapport Tarabella.

Mireille d’Ornano s’oppose au rapport en dénonçant en particulier la “théorie du genre” et la “destruction [de la famille]” (à travers les recommandations sur le congé paternité et la fiscalité au sein du couple, et les recommandations sur l’accès à l’IVG). Mireille d’Ornano juge le rapport “hors-sujet” par rapport aux droits des femmes. Bruno Gollnisch a dénoncé à propos de ce rapport une idéologie de l’indifférenciation, outre les “incitations à l’avortement”. Nous reproduisons quelques extraits de ce rapport, en particulier les paragraphes visés par Mirelle d’Ornano :

– « les femmes doivent avoir le contrôle de leur santé et de leurs droits sexuels et reproductifs, notamment grâce à un accès aisé à la contraception et à l’avortement; soutient par conséquent les mesures et actions visant à améliorer l’accès des femmes aux services de santé sexuelle et reproductive et à mieux les informer de leurs droits et des services disponibles. »

– « [Le parlement européen] demande à la Commission et aux États membres d’instituer un congé de paternité rémunéré d’une durée minimale de dix jours ouvrables et de favoriser des mesures législatives et non législatives qui permettent aux hommes, et en particulier aux pères, d’exercer leur droit à concilier vie privée et vie professionnelle, notamment en promouvant le congé parental, à prendre indifféremment, mais sans transférabilité, par le père ou la mère jusqu’à ce que leur enfant atteigne un âge déterminé. »

– « le système de taxation actuel dans certains États membres reflète une conception limitative de la famille en avantageant les familles mono-actives, en dissuadant souvent le travail des femmes et en ne soutenant pas suffisamment les familles monoparentales, les familles nombreuses et les familles avec des proches à charge. »