Notre collectif a choisi de ne pas adopter de position commune sur la question de la prostitution, en particulier dans les débats entre « abolitionnistes » et « régulationnistes », qui n’excluent pas d’ailleurs des positions médianes.

Nous avons été surpris⋅es de l’absence générale du sujet de la prostitution dans les discours des candidat⋅es, alors même que de très nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la situation dans laquelle le gouvernement socialiste a laissé les prostitué⋅es au terme du quinquennat, après le vote d’une loi abolitionniste, prévoyant la suppression du délit de racolage passif et la pénalisation des clients des prostitué⋅es. La loi comprend normalement un volet d’accompagnement avec la création d’un parcours de sortie de la prostitution dotée de moyens, mais les décrets d’application ont été publiés tardivement par rapport à la mise en place de la pénalisation, et les moyens ont été jugés insuffisants par certaines associations. On ne sait pas non plus si des prostitué⋅es ont pour le moment réellement bénéficié du parcours de sortie promis (et notamment de papiers pour les prostitué⋅es en situation irrégulière).

S’il est difficile d’établir le bilan d’une loi promulguée il y a seulement un an, plusieurs associations rapportent une marginalisation accrue d’une partie des prostitué⋅es, qui doivent travailler de façon plus isolée, dans des lieux plus excentrés, avec en particulier un accroissement des rapports non-protégés lié à la diminution du temps de négociation.

Malgré les multiples mobilisations des prostitué⋅es elleux-mêmes concernant leur situation, la prostitution n’est directement évoquée que dans les programmes de Nicolas Dupont-Aignan, qui propose de lutter contre les réseaux et d’aider les victimes, mesure consensuelle particulièrement floue, et de Jean-Luc Mélenchon, qui s’inscrit dans une ligne abolitionniste en proposant plus ou moins une application de la loi prostitution actuelle (avec plus de moyens).

Nous soulignons surtout les conséquences indirectes des propositions de certain⋅es candidat⋅es, en particulier celles qui prévoient d’interdire toute régularisation d’étrangers en situation irrégulière, ce qui compromet le volet d’accompagnement de la loi prostitution.

Plusieurs candidat⋅es prévoient également de supprimer l’AME ou de restreindre l’aide au profit d’une prise en charge des urgences et des maladies contagieuses. L’accès des prostitué⋅es en situation irrégulière aux soins gynécologiques mais aussi au dépistage et à la prévention des infections sexuellement transmissibles, déjà difficile, pourrait encore se dégrader.

Synthèses (1)